Servier est une entreprise qui regroupe 15 sociétés réparties sur 4 sites principaux (Suresnes – siège –, Gidy, Orléans, Bolbec, Gif-sur-Yvette), et emploie environ 5 000 salariés. Chez Servier, le syndicalisme CFDT n’est plus une abstraction. Il s’est imposé comme une force incontournable. De Gidy à Bolbec, en passant par Saclay, IRIS et Servier France, six délégués syndicaux racontent une histoire commune : celle d’un dialogue social longtemps fragile, désormais en pleine transformation.
Elodie, militante de terrain à Gidy
Entrée en 2005 aux Laboratoires Servier Industrie (LSI), Elodie est devenue déléguée syndicale et représentante au CSE en février 2023. Adhérente CFDT depuis 2022, elle s’est engagée pour « que ça bouge chez LSI ». Son mandat n’a pas freiné sa carrière, mais il lui demande de jongler entre responsabilités professionnelles et syndicales. Elle constate des progrès dans le dialogue social, même si des difficultés demeurent.
Elle se félicite du travail collectif CFDT France et des échanges directs avec les décisionnaires, tout en regrettant le manque de temps pour mener de front les grandes négociations, et son métier.
Marianne, syndicaliste en construction chez Servier France
Depuis avril 2023, Marianne est déléguée syndicale CFDT chez Servier France, une entité de 150 collaborateurs. Avec un CSE de 14 élus, la tradition est à l’intersyndicale. Le dialogue social s’est renforcé depuis le changement de direction en 2024 et la restructuration des services RH. Les NAO 2025 ont permis des avancées notables, notamment pour les salariés itinérants. Mais elle pointe aussi les limites : une BDESE difficilement exploitable, une charge de travail mal cadrée et une direction qui peine à anticiper les directives européennes.
Pour elle, l’histoire syndicale chez Servier est encore balbutiante, mais la volonté de construire existe.
Boris, une nouvelle génération à l’ISIT
À 34 ans, Boris est délégué syndical depuis quatre ans à l’Institut Servier d’innovation thérapeutique. Il incarne une double trajectoire : construire sa carrière tout en défendant les salariés. Le syndicalisme est désormais reconnu. Lors des dernières élections, la direction a insisté sur la nécessité d’avoir un délégué syndical, preuve d’une évolution dans la perception du syndicalisme. Si Boris souligne des maladresses de la direction, il se félicite des avancées obtenues, notamment avec une prime significative pour les salariés rejoignant Saclay, et les expérimentations de nouvelles conditions de travail.
David, bâtisseur du dialogue social à Gif-sur-Yvette
Salarié depuis près de vingt ans, David a accompagné les grandes mutations de la R&D. Engagé au CE IDRS en 2010, il devient délégué syndical en 2018, au moment où le projet Saclay bouleverse l’organisation. Inspiré par un oncle militant, il s’investit pour défendre les salariés de manière constructive. Les accords se succèdent et, en 2025, une transition s’opère de la convention Chimie vers celle de la Pharmacie. Depuis 2023, la direction reconnaît l’intérêt des syndicats. Les NAO France et le premier accord GEPP marquent une étape. Le renouvellement de la direction a renforcé la qualité des échanges, même si des progrès restent à faire sur la structuration et les calendriers.
Laurence, l’intersyndicale d’IRIS
À l’Institut de recherches internationales Servier (IRIS), environ 500 salariés, majoritairement cadres et femmes, vivent une histoire syndicale récente. Le choc de la RCC en 2020, puis du PSE en 2022/2023 lié au regroupement de la R&D à Gif-sur-Yvette, a fait émerger une culture syndicale. Laurence fait partie des trois délégués syndicaux issus des trois OS, toutes également élues du CSE. Ensemble, ils travaillent en intersyndicale, dans une logique de front commun. Le renouvellement des RH et l’arrivée de profils externes ont changé l’attitude de la direction. Le dialogue social progresse, même si les plannings de négociations restent à marche forcée. Laurence souligne la difficulté de concilier mandat et activité professionnelle dans un contexte de problème du renouvellement des générations d’élus. Malgré tout, elle ne regrette pas son engagement, convaincue de son utilité pour porter la voix des collègues.
Franck, un syndicalisme de combat à Bolbec
À ORIL Industrie, filiale de Servier qui produit 70 % des médicaments du Groupe, le syndicalisme CFDT s’est imposé par la lutte. Arrivée en 2009, la section a longtemps affronté un dialogue social inexistant. En janvier 2021, face à une politique salariale à zéro, les ouvriers se mettent en grève. Trois jours de mobilisation suffisent pour obtenir des réajustements salariaux et l’ouverture de négociations sur le départ anticipé des postés. Après un accident grave et une tentative d’imposer une « activité partielle », les tensions culminent. En 2023, la CFDT remporte tous les sièges ouvriers, et plusieurs TAM. L’arrivée d’un nouveau DRH, porteur d’une culture du dialogue social, change la donne. Depuis, les NAO sont signées et les acquis se multiplient. Dernier en date : un accord sur le départ anticipé des postés, offrant jusqu’à 21 mois de compensation pour 30 années de travail en quart.
Une histoire commune
Ces six parcours racontent une même réalité : le syndicalisme CFDT chez Servier est en train de s’ancrer durablement.
Les avancées sont tangibles – reconnaissance du rôle syndical, négociations salariales, amélioration des conditions de travail – même si les obstacles demeurent : manque de temps, pratiques anciennes de la direction, coordination parfois complexe et renouvellement des générations.
A la fin, tous partagent une conviction : le dialogue social existe enfin chez Servier, et il doit perdurer.





