Le 21 septembre 2001 à 10h17 s’est produite une gigantesque explosion dans l’usine AZF (AZote Fertilisants) dans le sud de Toulouse. C’est un stock de plus de 300 tonnes de nitrate d’ammonium, destiné à faire de l’engrais, qui a explosé. Le bilan est dévastateur : 31 morts, près de 3 000 blessés et d’importants dégâts matériels.
Vingt-cinq ans après ce drame, la Fédération Chimie Énergie CFDT tient à rendre hommage aux victimes. C’est l’occasion de rappeler que la sécurisation des sites industriels doit être renforcée afin qu’une telle catastrophe ne puisse plus se reproduire. Il aura fallu dix-neuf ans pour que la FCE-CFDT arrive enfin à obtenir la création d’un Bureau d’enquêtes et d’analyses sur les risques industriels (BEA-RI) spécifique, à l’image de l’aviation civile, ou des transports.
Le réseau RIM de la FCE initie depuis une démarche permettant d’améliorer la culture de sécurité par la prise en compte des facteurs humains et organisationnels de la sécurité. Les enjeux de sécurité et de sûreté de nos installations industrielles nécessitent de rappeler la responsabilité pénale de l’employeur et son obligation de sécurité envers les salariés exposés, mais aussi, et surtout, d’élaborer une démarche de prévention collective, incluant toutes les parties prenantes, dont les riverains.
Témoignage
Vingt-cinq ans après l’explosion d’AZF à Toulouse, Jojo Arcizet, alors secrétaire général du Syndicat Chimie Énergie Midi-Pyrénées et délégué syndical central de l’usine, se souvient de cette catastrophe qui a bouleversé à jamais des milliers de vies, et dont les causes restent, encore aujourd’hui, toujours inexpliquées.
« Le 21 septembre 2001, à 10 h, j’étais dans mon bureau avec un collègue d’une entreprise de sous-traitance pour gérer des questions d’ordre syndical. Comme je devais distribuer des tracts au self, je l’ai accompagné vers la sortie.
C’est là que j’ai entendu une première explosion. À ce moment-là, j’ai pensé que c’était une soupape haute pression qui partait, puis il y a eu une seconde explosion, beaucoup plus forte. […]
Au-delà du gros nuage de poussière, ce qui m’a marqué le plus, c’est le silence qui s’est soudain installé. Toutes les installations ont été mises en sécurité, mais personne ne savait ce qui s’était passé. Dans l’atelier, en face, il y avait des blessés, par des éclats de verre ou des trucs comme ça. Les salariés présents ont tout de suite porté secours à leurs collègues.
Puis, tout ce qui était parti en l’air est retombé : des ferrailles, des cailloux… c’est comme ça que j’ai été blessé à l’épaule, par un morceau de béton. Heureusement, j’ai eu le temps de mettre mon cartable sur ma tête, et la bonne épaisseur de tracts m’a protégé. C’est pour ça que je dis souvent que c’est la CFDT qui m’a sauvé la vie.
Comme je n’étais que légèrement blessé, j’ai rejoint mes collègues pour m’occuper des autres et rechercher les absents. Les blessés ont été regroupés à la Croix de Pierre, on se serait cru en pleine guerre […].
L’après, ça a été d’essayer de s’organiser. Outre les réunions avec la direction, on se regroupait chaque matin devant la porte de l’usine pour faire le point sur la situation.
Et puis, il a fallu expliquer l’inexplicable. Les journalistes arrivaient, ils faisaient raconter n’importe quoi. On avait décidé, en assemblée générale, que c’était les délégués syndicaux qui parlaient, pour éviter justement qu’ils fassent du sensationnel. À cette époque, on se faisait traiter d’assassins, de fanatiques de notre boulot, on nous disait que l’on n’en avait rien à faire de Toulouse et des Toulousains… ça a duré deux ans. En tant que délégué syndical, j’ai souvent, personnellement, été pris à partie, insulté…
Vingt-cinq ans après, j’attends toujours que l’on me dise ce qui s’est passé, car personne ne sait. L’hypothèse de l’accident de fabrication ne tient pas, celle de la responsabilité du gars du nettoyage non plus. Essayez de transporter 100 kilos de produits chlorés sur 1,6 kilomètre, vous n’allez pas faire deux mètres.
Lors de la reconstitution, le mélange présenté comme responsable de l’explosion n’a pas réagi comme annoncé, même avec du nitrate, du chlore et des produits organiques.
Donc, aujourd’hui, j’attends que l’on me donne la solution, qu’on arrive à trouver la vérité… si elle existe, pour tous les copains qui sont morts. En attendant, je reste positif pour essayer de continuer à vivre, et j’espère que ça va durer longtemps. »






