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Négociations salariales de branche : un bilan en trompe l’œil

Le 27 mai 2026, le comité de suivi de la négociation salariale de branche a publié son rapport annuel. Présidé par Jean‑Pierre Farandou, il met en avant une « mobilisation positive » et un «dialogue social dynamique », avec 83 % des branches annoncées conformes au SMIC.

À première lecture, ce bilan semble rassurant. Mais une analyse plus approfondie révèle une réalité bien moins favorable pour les salariés. Le rapport indique que 149 branches respectent aujourd’hui le SMIC. Mais cette situation est en réalité est autre. Depuis le 1er juin, la revalorisation automatique du SMIC de 2,41 % fait basculer 126 branches sous le minimum légal.

Ce constat est révélateur d’un système à bout de souffle. Les négociations salariales ne s’inscrivent plus dans une logique de progression durable, mais dans une gestion permanente de l’urgence. Les grilles salariales sont ajustées au plus bas niveau possible, sans anticipation. À chaque hausse du SMIC, elles deviennent immédiatement obsolètes.

 

La “smicardisation” des grilles salariales

Ce phénomène, dénoncé depuis de nombreuses années par la CFDT, est aujourd’hui pleinement visible. Les conséquences pour les salariés sont concrètes :

  • les premiers niveaux de classification sont régulièrement rattrapés par le SMIC ;
  • les écarts de rémunération se réduisent ;
  • les compétences et l’expérience ne sont plus suffisamment valorisées.

À terme, c’est toute la logique de progression professionnelle qui est fragilisée.

 

  • Des classifications dépassées par les réalités du travail

    Autre point d’alerte : l’ancienneté des classifications. Le rapport souligne que :

    • 97 branches disposent de classifications datant de plus de 5 ans ;
    • 63 branches n’ont effectué aucune révision depuis plus de 10 ans.

    Dans des secteurs en constante évolution comme la chimie ou l’énergie, cette situation est particulièrement problématique. Les métiers évoluent, les compétences se complexifient, les responsabilités augmentent… mais les grilles salariales, elles, restent figées. Résultat : l’évolution professionnelle des salariés n’est plus reconnue à sa juste valeur.

     

    Des dispositifs d’aide qui compensent un problème de fond

    Le rapport met également en avant plusieurs dispositifs dits « d’accompagnement » : prime d’activité, aides au transport, exonérations fiscales. S’ils peuvent apporter un soutien ponctuel, ils ne répondent pas à la question centrale : le salaire permet-il encore de vivre dignement de son travail ? L’exemple de l’aide dite « grand rouleur » est révélateur. Elle vise à compenser les coûts de déplacement domicile‑travail pour certains salariés rémunérés au SMIC. Le travail ne suffit plus à couvrir toujours les frais qu’il engendre.

    Par ailleurs, il est essentiel de rappeler qu’une mesure fiscale ou une exonération n’implique aucune obligation pour les employeurs. Sans négociation et sans rapport de force, ces dispositifs restent souvent peu appliqués.

     

    La priorité : revaloriser durablement les salaires

    Pour la CFDT, la réponse ne peut pas passer par la multiplication des aides ou des primes ponctuelles. Le salaire direct reste la base d’un modèle social solide. Il permet de :

    • garantir une rémunération stable,
    • financer les droits sociaux (retraite, protection sociale, prévoyance),
    • reconnaître réellement les compétences et l’expérience.

    À l’inverse, privilégier les primes ou les dispositifs d’aide, fragilise les droits des salariés et reporte le coût sur les finances publiques.

     

    Des exigences claires pour les négociations à venir

    Le gouvernement évoque la possibilité de sanctionner les branches qui resteraient durablement sous le SMIC. La CFDT encourage cette mesure, mais elle ne suffira pas à résoudre les problèmes de fond.

    Pour la CFDT, plusieurs priorités doivent être portées avec force :

    • construire des grilles salariales au‑dessus du SMIC, capables de résister aux revalorisations ;
    • engager des révisions régulières et structurelles des classifications ;
    • garantir une reconnaissance réelle des qualifications et de l’expérience ;
    • privilégier le salaire brut, stable et protecteur.

     

    Un signal d’alerte pour agir

    Ce rapport qui se veut positif constitue avant tout un signal d’alerte. Il démontre que le système actuel ne permet plus d’assurer une progression salariale durable et équitable. Pour la CFDT, ce rapport doit être un point d’appui pour renforcer notre action, dans les branches comme dans les entreprises.

    • Parce que le travail doit payer.
    • Parce qu’il doit permettre de vivre dignement.
    • Et parce qu’il doit reconnaître pleinement l’engagement et les compétences de chacun.

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